L'artiste - L'Artiste de Maquette

L'Artiste de Maquette - Ep. 1 - Isidoor Goddeeris est un artiste polyvalent, mais les maquettes sont sans aucun doute une de ses spécialités. Dans ce reportage, nous voyons le processus créatif qui se cache derrière ces œuvres créatifs.
Transcription
<p> <br />Je m'appelle Isidoor Goddeeris. Je suis sculpteur et je travaille dans toutes sortes de matériaux: aussi bien le marbre que le bois, le plâtre ou n'importe quoi d'autre. Je suis quelqu'un qui 'cherche' et continuera de chercher toute sa vie.<br />Isidoor Goddeeris a travaillé durant des années en tant que sculpteur-restaurateur de vieux bâtiments tels que les églises et les mairies. C'est là que son amour pour les créations en pierre grandit, et que l'architecture de ses oeuvres trouve son origine. Ce fut le début de nombreuses expériences artistiques réalisées à base de différents matériaux. Aujourd'hui, nous rencontrons Isidore dans son atelier, qui était autrefois une verrerie.</p> <p> </p> <p> <br />En fait, j'ai principalement travaillé la pierre au début. Pourquoi la pierre? En fait, j'ai commencé ma carrière comme tailleur de pierre auprès de la société 'Monument' à Ingelmunster. Il s'agissait essentiellement de pierre bleue; comme cette oeuvre ici par exemple; ceci ici est en pierre bleue. Naturellement, j'ai appris à connaître aussi d'autres matériaux entre-temps, comme le marbre, l'albâtre et ainsi de suite, toutes les sortes de pierre en fait. Pourquoi je travaille l'albâtre? Essentiellement du fait qu'on a découvert un site magnifique à Volterra, où l'albâtre – la roche donc – est extraite.<br />Etant donné qu'Isidoor séjourne souvent à Volterra en Toscane, il rammène régulièrement chez lui à la maison un stock d'albâtre. Il travaille actuellement à la conception d'un nuage ; et que celui-ci soit réalisé à partir d'albâtre, ce n'est évidemment pas un hasard.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />Ceci est l'albâtre. L'albâtre est le même genre de roche – en réalité une roche calcaire – que le marbre mais il est nettement plus tendre. Il a environ la douceur du gypse, tandis que le marbre est naturellement bien plus dur. Un avantage est aussi qu'il laisse passer la lumière. il est donc translucide. Quand je tiens une lampe devant lui… Vous voyez cela? La lumière brille simplement à travers la pierre. Vous n'obtenez pas ceci dans le marbre, à moins naturellement de travailler très mince, avec quelques millimètres seulement, mais ici nous avons une épaisseur de plusieurs centimètres et pourtant la lumière passe encore à travers.<br />L'Albâtre se travaille à l'aide d'un simple burin, sans nécessiter beaucoup de force dans le geste. Et il obtient pourtant rapidement ce rendu marbrée. C'est ce qui rend ce matériau idéal pour la conception de produits designs tels que les abat-jour et les vases. Et l'albâtre, vous pouvez aussi le râper; Isidoor utilise à cet effet une râpe spéciale en diamant, plus dure, mais une simple râpe métallique peut suffire. Le râpage de l'albâtre vous permet d'obtenir une surface plus lisse, un effet que vous pouvez encore renforcer par un ponçage à l'eau.</p> <p> </p> <p><br />En traitant les pierres par des techniques plus spécifiques, vous pouvez parfois veiller à ce qu'elles ne ressemblent plus à de la pierre. Isidore travaille ainsi sur un projet d'abattoirs dont il imite les morceaux de viande à travers un marbrée rouge espagnol, appelé Rosso Alicante.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />J'ai acheté récemment un morceau de marbre rouge à Carrare. Le marbre en lui-même ne provient naturellement pas de Carrare mais c'est bien un marbre rouge avec lequel je peux essayer d'imiter un morceau de viande, une entrecôte en fait. Eventuellement, je vais encore combiner avec d'autres matériaux. Je suis encore à la recherche d'une idée pour compléter une ancienne de mes oeuvres autour de la viande.<br />Les côtes sont déjà en grande partie sculptée, mais pour obtenir un rendu plus charnu, Isidoor utilise au préalable un papier abrasif diamant plongé dans l'eau. Celle-ci élimine la poussière, de sorte de ne pas s'infiltrer dans le papier abrasif. En utilisant un grain de plus en plus fin, vous obtenez une surface lisse et agréable. On n'oublie surtout pas les pièces plus profondes et inégales. Par la suite, le marbre encore humide est séché, et on passe à la polisseuse. Un morceau de cire dure est fondue sur le feutre, puis appliqué sur le marbre. Etant donné la vitesse de rotation et la chaleur créée, les pores du marbre se referment et le tout commence à briller. Le résultat se rapproche de plus en plus de l'apparence de la vraie viande, notamment grâce au fait que le marbre se compose naturellement de veinures blanches.</p> <p> </p> <p><br />Etant donné qu'Isidoor ne peut pas atteindre certains recoins avec le polissoir, il traite ces parties avec une huile spécialement conçue pour la pierre. Il en fera de même plus tard pour le reste de la surface. Mais il faut d'abord poursuivre et en affiner la forme. C'est pourquoi Isidoor utilise un burineur pneumatique.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />Normalement je travaille avec des ciseaux widia. Ce sont des ciseaux durs qui sont très solides mais bel et bien cassables. C'est un ciseau widia plat. Si vous regardez bien, vous voyez un acier plus dur qui y est soudé à l'intérieur. Cependant, l'acier widia est très dur, nettement plus dur que l'acier ordinaire, et il coupe très bien dans les sortes de pierre dures. Donc si vous travaillez le marbre dur, il peut être intéressant de travailler avec des ciseaux widia. Je commence par réaliser la forme brute avec un ciseau cranté, comportant de petites rainures, une sorte de fourchette en fait; celui-ci pénètre en profondeur dans le marbre.<br />Le burin se compose de trois dents, adapté pour entamer le gros oeuvre puisque vous pouvez traiter plus de matière en même temps.</p> <p> </p> <p><br />De cette façon, votre pièce de travail obtient lentement mais sûrement sa forme brute, dont les retouches finales se feront ensuite par un burin widia.</p> <p> </p> <p><br />Bien que Isidoor prenne toujours autant de plaisir à travailler la pierre, ses maquettes en bois restent encore toujours son travail le plus remarquable. Il implique des structures miniatures qui cherchent un équilibre entre l'architecture et l'imagination enfantine - tels que cette piscine, présente à l'exposition "Le choix de Jan Fabre', et désigné comme l'un de ses favoris.</p> <p> </p> <p> <br />Cette piscine est réalisée avec une ancienne baignoire qui se trouvait autrefois dans notre maison. Mes enfants l'ont encore utilisée, et moi aussi. Sa forme invitait à en faire une maquette d'une piscine ouverte. C'est inspiré en fait de l'ancienne piscine de Roulers, hélas démolie. Mais les petits guichets et autres sont réellement inspirés de ceux d'antan.</p> <p><br />Mes maquettes ont toujours un petit côté enfantin-naïf. Elles font un peu penser à la 'construction d'un camp'. L'idée sous-jacente est que vous devez pouvoir rêvasser, rêver de la liberté de réaliser votre propre architecture, vos propres constructions, vos propres 'nids', vos propres créations. C'est ce qui se cache derrière.<br />La plupart des maquettes sont réalisées à base de lattes en bois, provenant de maisons démolies.</p> <p> </p> <p><br />Ces bandes ont l'avantage d'être hautement fissiles, permettant d'être facilement coupée sur mesure à l'aide de pinces.</p> <p> </p> <p><br />L'utilisation d'un pistolet à colle, il joint les bandes ensemble avec de la colle chaude. La colle à bois n'est ici pas très utile, car elle sèche beaucoup plus lentement, ce qui signifierait qu'il faudrait en étaler partout, ce qui -dans ce cas-ci- est bien sûr impossible.</p> <p> </p> <p><br />Les lattes sont construites en échafaudages et escaliers qui finiront par former un bâtiment. Dans certaines parties, les lames sont pliées afin de créer des formes, comme c'est le cas avec cette pièce. Pour ce faire, Isidoor doit au préalable plonger les barres sous l'eau pour une longue période. Quand elles ont trempé assez longtemps, il les laisse sécher sur une étagère fixées des clous, ce qui oblige les lamelles à prendre la forme requise.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />En fait, c'est une sorte de fenêtre gothique. Une partie d'une église, pourrait-on dire. Une étape suivante que j'aimerais suivre ici, mais qui n'est pas facile, est de réaliser une construction d'église complète avec également des fenêtres, dans laquelle j'essaie d'attirer les abeilles pour qu'elles s'y nichent et 'poursuivent la construction'. Elle pourraient réaliser une nouvelle construction avec leurs alvéoles.<br />Ces fragiles créations en bois ne défieront pas facilement le temps, mais il y a un moyen de les préserver. Il est en effet possible de recouvrir ces structures en bois de bronze, mais cette technique demande une certaine préparation.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />Donc ce que je fais: je réalise un gabarit du bois et j'y verse la cire de telle sorte que les gens de la fonderie peuvent fondre la cire dans un gabarit résistant à la chaleur et ensuite le remplir de bronze. Et le résultat est donc de petites lattes avec une structure de bois mais en bronze. Celle-ci se craque maintenant, mais enfin… Naturellement, il peut y avoir des bulles d'air mais en tout cas vous voyez très bien que les petites lattes de bois sont bien transposées en bronze. Ici vous pouvez à nouveau vous en servir pour réaliser des constructions; par exemple vous pouvez les souder ensemble pour former une échelle. Naturellement, on ne peut pas couler des objets super complexes en une fois; on scinde en tout cas en plusieurs éléments parce qu'il faut y placer des conduits d'air et autres, comme on le voit ici. Donc en résumé: vous pouvez transposer une structure de bois en bronze et ce, via la cire.<br />Une grande image, comme, par exemple, ce portrait n'est pas coulé d'une seule pièce dans le bronze, mais divisé en plusieurs parties -plus petites- qui seront mises à nouveau ensemble plus tard. En réalisant le moule, il s'agit de soigneusement envisager comment les morceaux individuels seront positionnés. La mise en forme peut bien se remarquer dans ce portrait, dont chaque composant est marqué par une feuille de fer. Cela garantit que vous puissiez ôter le silicone séché morceau par morceau.</p> <p>Cette image a recu une première couche de silicone, à peine appliquée pour bien faire ressortir tous les détails, mais une deuxième couche sera nécessaire pour les renforcer.</p> <p> </p> <p> </p> <p><br />Le produit de base est le silicone, une sorte de caoutchouc, associé à un durcisseur, de telle sorte que le silicone fluide peut durcir en environ une demi-heure.</p> <p><br />Je vais déposer la seconde couche plus épaisse. Incroyable… j'ai déjà exactement prélevé 300 grammes dès ma première tentative. Et bien! Je l'ai bien fait :-) Bon, ok...Je vais maintenant prendre une autre couleur de pigment que j'ajoute au silicone. En fait cela ne sert à rien hormis pour voir que tout est bien mélangé et pour pouvoir contrôler que la couche que je dépose sur la première couche couleur ocre est suffisamment recouverte.<br />La seconde couche de silicone peut être plus épaisse, de sorte qu'elle ne se se déchire pas par la suite.</p> <p>Avec un peu d'eau savonneuse, Isidoor aplanit la couche de silicone. C'est nécessaire, parce que la couche de plâtre couvrirait la surface entière.</p> <p> </p> <p><br />Quelques jours après, Isidoor fait sécher la couche de silicone. Ainsi, tous les pores du silicone se ferment. Afin de séparer le plâtre du moule à silicones plus tard, Isidoor applique de la vaseline entre les deux. Pour la couche de plâtre, il utilise un plâtre qui sert spécialement à fabriquer des moules.Il sèche rapidement, plus vite que le plâtre ordinaire et dispose d'un grain plus fin qui moule mieux les détails. L'application du plâtre se réalise en différentes couches.</p> <p> </p> <p><br />Une couche de plâtre supplémentaire se retrouve encore renforcé par des morceaux de jute.</p> <p> </p> <p><br />En outre, des bâtons de bambou sont placés ici et là, veillant à ce que le moule ne se brise pas, et que l'ensemble adhére bien l'un à l'autre.</p> <p> </p> <p><br />Plus tard, cette statue de portrait sera fabriquée en cire à partir du moule et elle passera par la fonderie pour être coulée en bronze. Mais vous pouvez aussi y opter pour un autre matériau de fonte; cette statue, par exemple, a été coulée en résine acrylique.</p> <p> </p> <p> </p>